La notion de redirection théorisée par Bonnet, Landivar et Monnin, désigne le processus par lequel une organisation réoriente ses activités vers des finalités compatibles avec les limites planétaires. Mais comment cette redirection se traduit-elle concrètement dans le secteur du numérique ?

C'est à cette question que tente de répondre l'état de l'art des protocoles de redirection et du concept de dénumérisation.

Qu'est-ce que la dénumérisation ?

La dénumérisation ne signifie pas la suppression pure et simple du numérique. Elle désigne le processus par lequel on retire du numérique là où il n'est pas/plus nécessaire, où il nuit, ou où des alternatives non-numériques sont préférables.

C'est un concept qui dérange, car il s'attaque à un présupposé profond de notre époque : que le numérique est toujours un progrès, toujours une solution, toujours désirable. La dénumérisation suggère l'inverse : que le numérique peut être un problème, et que son retrait peut être un progrès.

Protocoles de redirection

Les protocoles de redirection sont des démarches structurées pour accompagner les organisations dans cette transition. Ils ne prescrivent pas ce qu'il faut faire, chaque situation est singulière. Ils proposent comment s'y prendre :

  1. Diagnostic partagé : Cartographier les usages, leurs effets, leurs alternatives possibles
  2. Délibération collective : Créer les espaces où les collectifs peuvent discuter de ce qu'ils veulent et ne veulent plus
  3. Expérimentation : Tester des scénarios de réduction, de substitution, de transformation
  4. Institutionnalisation : Ancrer les changements dans les pratiques, les règles, la culture

Un chantier ouvert

Cet état de l'art est une contribution à un chantier collectif qui commence. La dénumérisation n'est pas un concept consolidé. Mais des appels à une certaine dénumérisation, ou à une désescalade émergent ici ou là. L'ambition de cet état de l'art était de dresser un panorama permettant de penser la dénumérisation autrement que par un retour en arrière.

De nombreuses questions restent ouvertes : les renoncements numériques nécessaires peuvent-ils venir de l'intérieur des organisations, ou viendront-ils des contraintes extérieures ? La dénumérisation volontaire est-elle opérationnalisable ? Peut-on retirer des morceaux de numérique comme on ferme une piscine ou une station de ski ? Comment articuler une numérisation de pointe en santé ou en éducation avec ses formes bricolées et décentralisées ?


Cet article s'appuie sur la publication État de l'art des protocoles de redirection et du concept de dénumérisation disponible sur HAL.