Enquêter et transformer
J'accompagne des collectifs (associations, entreprises, collectivités) à rediriger leurs activités, en particulier dans le numérique. Mon travail : enquêter sur les situations réelles, concevoir des dispositifs et des situations qui visent l'apprentissage, l'émancipation et l'organisation collective.
Trois propositions
1. Une écologie de la conception
Déplacer le cadre depuis l'optimisation vers une attention aux milieux et à la robustesse. Ne pas concevoir un outil qui résout un problème, mais concevoir un dispositif qui soutient des processus vivants. La question n'est pas « est-ce que ça fonctionne ? » mais « est-ce que ça permet aux personnes de se transformer elles-mêmes ? »
2. Une politique de la friction
Réintroduire délibérément de la résistance là où la fluidité efface les occasions de penser et de décider. Le frottement comme condition de l'apprentissage, de l'attention, de l'agentivité. Concevoir des moments où le dispositif ne fait pas à la place, et assumer que c'est un choix de conception, pas un défaut.
3. Une éthique de l'écoute
Refuser l'idée qu'une charte ou une méthode peut régler la question une fois pour toutes. L'éthique comme attention permanente aux effets réels du dispositif sur les formes de vie, y compris moi-même. Cela implique des boucles de retour, des espaces de délibération, et une posture de concepteur fondamentalement à l'écoute de ce qui se joue.
Ce qui me préoccupe
Ces propositions ne tombent pas du ciel. Elles répondent à des tensions observées sur mes terrains.
Quand la technique semble vivre toute seule
Les systèmes numériques, et l'IA en particulier, donnent l'impression de s'adapter, d'apprendre, d'évoluer. Mais cette évolution n'est pas la leur : elle est pilotée par des logiques extérieures aux personnes qui les utilisent. Où est la frontière entre un outil qui sert et un outil qui façonne ?
Augmenter ou capturer ?
Un outil numérique est censé augmenter la capacité d'agir. Mais il peut aussi créer de la dépendance, substituer sa logique à celle des personnes. Comment distinguer un outil qui rend autonome d'un outil qui capture, surtout quand l'intention de départ est bonne ?
Le concepteur fait partie du problème
Ingénieur informaticien devenu accompagnateur de transformation, je suis à l'intérieur du système que je cherche à changer. Je ne suis pas neutre, et je ne peux pas l'être. Quelles sont mes marges de manœuvre réelles, et quelles sont les limites structurelles qu'aucun bon design ne peut franchir ?
Le renoncement ne se décrète pas
Les limites planétaires imposent de réduire, de ralentir, de renoncer. Mais ces renoncements ne se décident pas depuis un bureau de direction. Qui les porte, comment ils émergent, et à quelle échelle on peut vraiment les faire advenir : ce sont des questions ouvertes.
Ensemble, ces trois propositions et ces quatre tensions dessinent une cohérence : une manière de voir, une manière de faire, une manière de revenir sur ce qui est fait.