Concevoir pour transformer
J'accompagne les collectifs — associations, entreprises, collectivités — dans la redirection de leurs activités, en particulier dans le secteur du numérique. Mon travail consiste à concevoir des dispositifs hybrides, c'est à dire sociotechniques, visant l'apprentissage, l'émancipation et l'organisation collective.
Problématiques
La conception de dispositifs hybrides se heurte aujourd'hui à plusieurs questions fondamentales :
Individuation tronquée
Le vivant s'individue, il se transforme depuis l'intérieur, par son propre processus. La technique ne s'individue pas, elle est individuée par le vivant. Avec l'IA, cette frontière devient trouble : qu'est-ce qu'un système qui semble s'adapter, apprendre, évoluer, mais sans que cette évolution soit sa propre finalité ?
Dépendance et autonomie
Les dispositifs numériques sont censés augmenter la capacité d'agir des humains. Mais ils peuvent aussi créer de la dépendance, de l'hétéronomie, du fonctionner sans exister. Comment distinguer un outil convivial d'un outil capturant y compris quand l'intention de départ est bonne ?
Position du concepteur
Ingénieur informaticien devenu concepteur de dispositifs sociaux hybrides, je suis à l'intérieur du problème que je diagnostique. Quelle est ma responsabilité, ma marge de manœuvre réelle, et les limites structurelles que même un bon concepteur ne peut pas franchir ?
Politique du renoncement
Les renoncements numériques et autres que les limites planétaires imposent semblent difficiles à faire advenir de l'intérieur des organisations. Alors qui/quoi les impose, comment, et à quelle échelle ?
Propositions de conception
Face à ces problématiques, trois orientations guident mon travail :
1. Une écologie de la conception
Déplacer le cadre depuis l'optimisation vers une attention aux milieux. Ne pas concevoir un outil qui résout un problème, mais concevoir un environnement qui soutient des processus vivants. La question n'est pas « est-ce que ça fonctionne ? » mais « est-ce que ça permet aux personnes de se transformer elles-mêmes ? »
2. Une politique de la friction
Réintroduire délibérément de la résistance là où la fluidité efface les occasions de penser et de décider. Le frottement comme condition de l'apprentissage, de l'attention, de l'agentivité. Concevoir des moments où le dispositif ne fait pas à la place, et assumer que c'est un choix de conception, pas un défaut.
3. Une éthique de l'écoute
Refuser l'idée qu'une charte ou une méthode peut régler la question une fois pour toutes. L'éthique comme attention permanente aux effets réels du dispositif sur les formes de vie, y compris moi-même. Cela implique des boucles de retour, des espaces de délibération, et une posture de concepteur fondamentalement à l'écoute de ce qui se joue.
Ensemble, ces trois propositions dessinent une cohérence : une manière de voir, une manière de faire, une manière de revenir sur ce qui est fait.